03 Mai

Les 5 rôles les plus improbables de Marion Cotillard

 

Actuellement à l’affiche de Gueule d'Ange, film de Vanessa Filho sélectionné dans la catégorie Un Certain Regard au Festival de Cannes, l'envoûtante Marion Cotillard ne s'est pas toujours vu attribuer les rôles les plus complexes du cinéma d'auteur. Numéro a déterré 5 des personnages les plus improbables qu'elle a interprétés au fil de sa carrière.

Par Antoine Ruiz

Marion Cotillard dans “Dikkenek”

1. Épouse vulgaire d'un fan de tuning dans le court-métrage Boomer

 

La grâce, la célébrité et le succès tendent à occulter désormais certains souvenirs de la carrière foisonnante de Marion. Dans l'ombre de ses rôles audacieux, comme dans De rouille et d'os (2012) ou The Immigrant (2013), Marion Cotillard a d'abord tourné, plusieurs années d'affilée, dans une dizaine de courts-métrages plus modestes. Bien avant d'incarner Marie la névrosée dans Les Petits Mouchoirs (2010) de Guillaume Canet, qui se souvient ainsi qu'elle avait déjà côtoyé Gilles Lellouche dans Boomer, une comédie d'un goût plus que douteux de Karim Adda, sorti en 2001 ? Dans ce court-métrage elle interprète la femme d'un fan de tuning puéril, incarné par Lellouche. Chignon ébouriffé, élocution vulgaire et tenue rose Barbie… pour les besoins de ce tournage, comme dans Gueule d'Ange où elle joue une mère indigne, Marion Cotillard n'a pas hésité à se ringardiser. Une facette de son jeu d'actrice souvent insoupçonnée.

“Boomer”, court-métrage de Karim Adda (2001), avec Marion Cottilard et Gilles Lellouche

2. Une maîtresse d'école hystérique et droguée dans Dikkenek

 

Un an avant qu'elle ne décroche l'Oscar de la meilleure actrice pour son rôle dans La Môme (2007), dans Dikkenek, Marion Cotillard s'est glissée dans la peau de Nadine, une maîtresse d'école déséquilibrée, consommatrice de “schnouff” (différentes drogues poudreuses, en belge). Sorti en 2006, le film d'Olivier Van Hoofstadt marque le virage comique de celle que le public connaît comme “la fille de Taxi”. Échec cuisant en termes d'audience (environ 123 000 spectateurs au total), le film acquiert néanmoins le statut de comédie culte, notamment grâce à ses séquences d'humour noir plus décalées les unes que les autres. Bien que Marion Cotillard ait avoué par la suite s'être détestée dans ce rôle à cause de son soi-disant “côté cabotin”, la scène d'hystérie au musée demeure une séquence incontournable du film : surgissant d'une vieille carcasse restaurée, le visage maculé de faux sang, l'actrice beugle devant des enfants au regard effaré.

Séquence dans le musée, extrait de “Dikkenek”, film d'Olivier Van Hoofstadt (2006)

3. Une ourse affamée et raffolant de miel dans un sketch du Débarquement

 

Si son sacre aux Oscars de 2007 lui apporte une reconnaissance internationale, Marion Cotillard ne se détourne pas des rôles plus subalternes, voire grotesques. Elle semble, en effet, éprouver un malin plaisir à alterner des rôles diamètralement opposés, à l'instar de sa figuration dans une fausse publicité pour Funny Or Die (site Internet de vidéos comiques) où elle fait la promotion de seins placés sur le front, destinés à lutter contre le sexisme au travail (2010). À la même période, elle est d'ailleurs égérie de la maison Dior (de 2008 à 2011). En 2013, Marion Cotillard renoue avec l'absurde dans un sketch télévisé issu du Débarquement, où dévêtue, affublée de faux poils et dévorant un pot de miel, elle interprète un personnage mi-ours mi-humain aux côtés de ses compatriotes, tout aussi burlesques, Jean Dujardin et Guillaume Canet. Une belle façon de surprendre son public et de libérer la bête qui réside en elle.

Sketch de L'Ours, extrait du “Débarquement” (2013) avec Marion Cotillard, Jean Dujardin et Guillaume Canet

4. La battle de rap avec Orelsan et Nekfeu dans Casting(s)

 

L'autodérision, Marion Cotillard en a fait sa signature. Moquée partout sur le web pour sa mort ridicule dans The Dark Knight Rises, elle pousse l'ironie jusqu'à l'extrême en 2015 dans un épisode de Casting(s), mini-série de Pierre Niney et Ali Marhyar. Raillée par Orelsan et Nekfeu sur son jeu d'actrice, elle se lance avec véhémence dans un rap déchaîné sans buter sur une seule rime. “J'éclate les portes pendant qu'tu grattes des clopes à Gard du Nord”, rappe-t-elle. Vue plus de 500 000 fois sur Youtube, sa battle de rap confirme sa polyvalence. Jeanne d'Arc au théâtre, Édith Piaf au cinéma, rappeuse d'improvisation à la télévision : Marion Cotillard peut endosser tous les rôles.

La battle de rap de Marion Cotillard dans “Casting(s)”, shortcom de Pierre Niney et Ali Marhyar (2015)

5. Son propre rôle avec un accent québécois dans Rock'n'roll

 

Ne reculant devant rien, Marion Cotillard se prête à toutes les extravagances. Que ce soit pour le doublage de Scarlett Overkill dans le film d'animation Les Minions, ou dans la peau d'une prostituée aux côtés de Gary Oldman dans le clip de David Bowie pour The Next Day, elle va même jusqu'à se parodier dans Rock'n'roll (2017). Interprétant son propre personnage, Marion Cotillard, pour les besoins fictifs d'un film de Xavier Dolan, s'essaie à l'accent québécois. Bien que décriée par les Québécois, sa prestation demeure aux yeux des Français ce qui a sauvé le film. C'est dans cette même comédie qu'on la voit singer Céline Dion, perruque blonde sur la tête et portant une longue robe blanche en voile, sur l'air de Pour que tu m'aimes encore. Non, Marion Cotillard n'est décidément ni l'ingénue de La Môme ni la femme fatale d'Inception, mais bien une savante alchimie de tous les personnages excentriques qu'elle a interprétés, révélateur d'une personnalité bien plus complexe qu'il n'y paraît.

Extrait de “Rock'n Roll” (2017), film de Guillaume Canet

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