30 Mai

Vices et violence à la Cinémathèque : la rétrospective Brian De Palma

 

Jusqu’au 4 juillet, Brian De Palma fait l’objet d’une rétrospective à la Cinémathèque française. Pour l’occasion, l’ensemble de ses films, qu’ils soient iconiques ou seulement connus des initiés, seront rediffusés.

Par Henri Delebarre

Scarface (1983)

Né en 1940 à Newark dans le New Jersey, Brian De Palma est l’un des cinéastes les plus emblématiques de sa génération. De Carrie au bal du Diable (1976) à Blow Out (1981) en passant par Passion (2012), son cinéma se nourrit des vices de l’espèce humaine pour les transformer en éléments narratifs poignants. Dans ses films, les relations entre les personnages sont souvent perverses. Et les moyens de manipulation dont ils se servent, toujours les mêmes : le sexe, la violence, le sang. Les serpents sont-ils nécessaires ? – son premier roman, coécrit avec Susan Lehman – ne déroge pas à la règle. Il conte l’histoire d’Elizabeth de Carlo. Cette jeune serveuse se voit recrutée, le directeur de campagne d’un sénateur, pour séduire son concurrent aux élections. Mais la jeune femme ne se limitera pas à ce que son donneur d'ordres attend d'elle. Ces rapports de défiance caractérisant les personnages de De Palma font écho à l’histoire personnelle du cinéaste, manipulé dans sa jeunesse par sa mère pour piéger son père en plein adultère.

 

 

Grand admirateur d’Alfred Hitchcock, Brian De Palma se rêve lui aussi en maître du suspense.

 

Derrière la violence physique ou morale qu'il met en scène, le cinéma de Brian De Palma est à lire comme une critique sociale. Celle de l’humain, de la politique et du capitalisme. En 1968 dans Greetings, l'inspiration est encore clairement autobiographique : le réalisateur dénonce l’absurdité de la guerre du Viêt Nam avec, en toile de fond, l’assassinat de John F. Kennedy, deux événements qui l'ont marqué au fer rouge. Dans Phantom of the Paradise (1974), De Palma dénonce cette fois l’industrie cinématographique et revient sur une expérience traumatisante qu'il a traversée deux ans plus tôt : alors que toutes les scènes de son film Get to Know Your Rabbit avaient été tournées, le réalisateur est brutalement écarté par sa compagnie productrice, la Warner, et ne peut participer au montage de son propre film. Moins évidente dans Scarface (1983), la critique est pourtant, là aussi, bien présente. Réécriture du film éponyme de Howard Hawks, le Scarface version De Palma révèle l’envers peu reluisant du rêve américain.

Grand admirateur d’Alfred Hitchcock (Sueurs Froides a forgé son esthétique), Brian De Palma se rêve lui aussi en maître du suspense. Arrivé dans le cinéma après des études scientifiques, le réalisateur est obsédé par la conception des choses dont il cherche à comprendre le fonctionnement. Passionné d’électronique, il s’attache à déconstruire chaque élément des films d’Hitchcock pour en livrer des versions augmentées avec Obsessions (1976) et Pulsions (1980). À la Cinémathèque, la rétrospective qui lui est consacrée rassemble elle toutes les pièces constitutives de l’œuvre de Brian De Palma et permettra d'en sonder les moindres détails. Le réalisateur y animera une masterclass et organisera une séance de dédicace à l’occasion de la sortie de son premier roman.

NuméroNews